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16 rue du Pont Créon · Caen

Jusqu'à dix antennes-relais à 20 mètres d'une école maternelle.

La mairie de Caen a autorisé Totem France (filiale d'Orange) à installer six antennes 4G/5G dans trois fausses cheminées sur un toit-terrasse, à proximité immédiate de l'école Jean Guéhenno. Quatre antennes supplémentaires sont annoncées sur le bâtiment voisin. Quelques semaines plus tôt, la même mairie avait refusé un projet quasi identique de Cellnex juste à côté.

Illustration du projet d'implantation des antennes-relais
6 + 4
antennes 4G/5G autorisées, et quatre autres annoncées sur le bâtiment voisin
20 m
de l'école maternelle et primaire Jean Guéhenno
48 m
du Manoir du Pont Créon, monument historique classé
4 m
de hauteur pour chaque fausse cheminée, sur le toit-terrasse
Le dossier

Un projet autorisé dans la plus grande discrétion.

Le 24 septembre 2025, la mairie de Caen a pris un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 014 118 25 00638, déposée par la société Totem France pour le compte d'Orange. Le projet : six antennes-relais 4G/5G dissimulées dans trois fausses cheminées blanches de 1,20 × 1,50 × 3,90 m, à installer sur le toit-terrasse de l'immeuble du 16 rue du Pont Créon.

Selon les éléments versés à la procédure, quatre antennes supplémentaires sont par ailleurs annoncées sur le second bâtiment de la même résidence, par les opérateurs SFR et Bouygues. Le quartier accueillerait alors, à terme, jusqu'à dix antennes-relais concentrées sur deux bâtiments voisins, face à un même groupe scolaire.

L'affichage réglementaire de la déclaration préalable a d'abord été installé sur le grillage de l'école maternelle Jean Guéhenno, dans un chemin piétonnier. À la demande des riverains, il a été déplacé sur le terrain d'assiette du projet — mais entre deux bosquets, dans un chemin où l'immeuble concerné n'a aucun accès. Les résidents n'ont pas été informés.

Le projet est implanté dans le périmètre du Manoir du Pont Créon, monument historique classé, et dans un cône de vue inscrit au plan local d'urbanisme. Il jouxte le groupe scolaire Jean Guéhenno (écoles maternelle et primaire, situé 12 rue du Pont Créon), qui accueille plusieurs centaines d'élèves.

L'incohérence

Deux décisions contraires de la même mairie, à quelques mètres d'écart.

En juillet 2025, l'opérateur Cellnex avait déposé une déclaration préalable pour exactement le même type d'installation (antennes-relais en fausses cheminées) sur le bâtiment voisin de la même résidence. L'Architecte des Bâtiments de France avait reconnu une situation de covisibilité avec le Manoir du Pont Créon et émis un avis défavorable. La mairie de Caen avait suivi et opposé un refus le 21 juillet 2025.

Deux mois plus tard, pour un projet quasi identique de Totem/Orange sur le bâtiment d'à côté, dans le même environnement patrimonial, le même Architecte des Bâtiments de France a conclu cette fois à l'absence de covisibilité. La mairie n'a pas opposé d'opposition.

Cellnex · refusé

21 juillet 2025

Déclaration préalable n° DP 25 00503 sur le bâtiment voisin.

Avis défavorable de l'ABF, refus de la mairie de Caen.

« Les antennes tubes proposées sur l'une des extrémités du bâtiment, par leur émergence importante, viennent altérer sa qualité architecturale et par là même le paysage bâti composant les abords du monument historique. Le projet ne peut donc être accepté en l'état. »

— Avis ABF du 4 juillet 2025
Totem / Orange · autorisé

24 septembre 2025

Déclaration préalable n° DP 014 118 25 00638 sur le bâtiment immédiatement voisin.

Avis ABF concluant à l'absence de covisibilité. Non-opposition de la mairie de Caen.

Même quartier. Même monument historique à 48 m. Même type d'installation (fausses cheminées). Bâtiments séparés de quelques mètres seulement. Conclusion administrative inverse.

Cette incohérence est aujourd'hui au cœur du recours déposé devant le Tribunal administratif de Caen. Ni la mairie ni Totem n'ont fourni d'explication motivée à cette différence de traitement.

L'école

Jusqu'à dix antennes-relais à 20-50 mètres d'une école accueillant des enfants de 3 à 11 ans.

Le groupe scolaire Jean Guéhenno, qui accueille les enfants en maternelle et en élémentaire, est situé immédiatement face au bâtiment d'implantation des antennes. Il s'agit d'un établissement sensible au sens de la charte signée en 2015 entre la mairie de Caen et les opérateurs de téléphonie mobile, laquelle prévoit un traitement particulier pour tout projet situé dans un rayon de 100 mètres autour des crèches, écoles et établissements de soins.

Le rapport d'exposition produit par Orange/Totem (3 décembre 2025) affirme qu'il n'y aurait aucun établissement particulier dans un rayon de 100 mètres. L'école Jean Guéhenno, qui accueille plusieurs centaines d'enfants, est pourtant à moins de 50 mètres du projet — visible sur n'importe quelle vue aérienne du quartier.

Aucune information n'a été transmise aux parents d'élèves, ni au personnel de l'école, ni au conseil de quartier. Aucune commission consultative locale n'a été réunie, alors même que la charte communale de 2015 en prévoit deux par an.

Sur le plan sanitaire, le débat juridique demeure : la jurisprudence administrative française considère que tant que les seuils réglementaires d'exposition fixés par le décret du 3 mai 2002 sont respectés, une autorisation d'urbanisme ne peut être refusée sur ce seul motif. Plusieurs pays voisins — Belgique, Italie, Suisse, Liechtenstein, Pologne, Luxembourg, Slovénie, Grèce — appliquent des seuils plus protecteurs dans les zones d'habitation et autour des établissements sensibles. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/OMS) a classé en 2011 les radiofréquences parmi les cancérogènes possibles (Groupe 2B).

Le débat n'est pas tranché. C'est précisément pourquoi le principe de précaution, inscrit dans la Charte de l'environnement à valeur constitutionnelle, devrait — selon nous — conduire à éviter l'implantation d'équipements de ce type à proximité immédiate d'établissements accueillant de jeunes enfants.

Les précédents

Quand les collectivités publiques appliquent la précaution sur leurs bâtiments — mais ne peuvent l'imposer aux propriétés privées.

Le retrait d'antennes Orange des lycées caennais

Selon des informations recueillies auprès de personnels de l'Éducation nationale, des antennes Orange auraient été retirées ces dernières années de plusieurs lycées caennais — dont le lycée Malherbe, situé non loin du quartier Saint-Ouen, et l'internat du lycée Laplace en 2019 — à la demande du Conseil régional, dans le cadre d'une politique de retrait des antennes-relais installées sur les bâtiments scolaires.

La politique municipale de non-implantation sur les bâtiments de la Ville

La mairie de Caen applique, sur ses propres bâtiments, une politique constante de non-implantation d'antennes-relais. Cette vigilance s'inscrit dans la continuité d'une charte locale signée dès 2002 entre la Ville et les opérateurs (Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR), révisée par délibérations en 2012 puis en 2015, et qui prévoit notamment un traitement particulier autour des établissements sensibles (crèches, écoles, lieux de soins).

Mais la portée de cette politique communale est structurellement limitée : la mairie peut décider ce qui se passe sur les bâtiments dont elle est propriétaire ; elle ne peut empêcher un opérateur de négocier directement avec un propriétaire privé ou un syndicat de copropriété, ni s'opposer à une déclaration préalable conforme aux règles d'urbanisme. Or la pression commerciale exercée par les opérateurs sur les copropriétés — qui se voient proposer des revenus locatifs significatifs en échange d'une autorisation d'implantation — rend cette politique de précaution difficile à généraliser au-delà du patrimoine municipal.

Le projet du 16 rue du Pont Créon est un exemple caractéristique : ce que la collectivité refuserait sur ses propres toits, elle se trouve incapable de l'empêcher sur l'immeuble privé d'en face — à 20 mètres d'une école accueillant des enfants de 3 à 11 ans.

Ce cas met en évidence l'impuissance partielle de la collectivité à faire appliquer un principe de précaution qu'elle revendique pourtant pour son propre patrimoine. Il pose, à notre sens, la question de savoir comment la cohérence d'une politique locale de protection des publics fragiles peut être préservée face à la stratégie de déploiement des opérateurs sur le foncier privé.

Une collectivité publique retire par précaution des antennes Orange installées sur des lycées caennais. La mairie de Caen refuse d'en installer sur ses propres bâtiments. Quelques années plus tard, le même opérateur propose d'installer dix antennes à 20 mètres d'une école maternelle et primaire — et le projet est autorisé.

La cohérence d'une telle séquence interroge. Si la précaution justifie le retrait d'antennes sur des établissements accueillant des adolescents, et leur non-implantation sur les bâtiments municipaux, pourquoi accepter leur implantation à quelques mètres d'enfants de 3 à 11 ans ?

Chronologie

Les décisions administratives, dans l'ordre.

  1. 4 juillet 2025 L'Architecte des Bâtiments de France émet un avis défavorable sur le projet d'antennes Cellnex installé sur le bâtiment voisin, pour atteinte au paysage bâti des abords du Manoir du Pont Créon.
  2. 21 juillet 2025 La mairie de Caen prend un arrêté d'opposition à la déclaration préalable Cellnex (DP 25 00503).
  3. 28 juillet 2025 Totem France dépose une déclaration préalable (DP 014 118 25 00638) pour six antennes Orange sur le bâtiment immédiatement voisin.
  4. 18 août 2025 L'Architecte des Bâtiments de France conclut cette fois à l'absence de covisibilité avec le Manoir du Pont Créon.
  5. 24 septembre 2025 La mairie de Caen prend un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable Totem.
  6. octobre – novembre 2025 Plusieurs recours gracieux sont déposés par les riverains, copropriétaires et parents d'élèves. Une pétition en ligne dépasse rapidement les 400 signatures.
  7. décembre 2025 – janvier 2026 La mairie rejette l'ensemble des recours gracieux.
  8. 24 février 2026 Une requête au fond est déposée devant le Tribunal administratif de Caen. Le dossier est aujourd'hui en attente de jugement sur le fond — l'étape qui peut conduire à l'annulation de l'arrêté du 24 septembre 2025.
  9. 22 mai 2026 Un référé suspension, déposé parallèlement au recours au fond pour empêcher le démarrage immédiat des travaux, est rejeté par le Tribunal administratif sans motivation détaillée. Orange dispose ainsi d'une garantie procédurale pour engager l'installation, alors même que la procédure principale se poursuit.
Dans la presse

Un dossier qui sort du quartier.

Le projet d'implantation et la mobilisation citoyenne qu'il a suscitée ont été repris par la presse régionale. Ci-dessous, les articles publiés à ce jour.

Où en est le dossier ?

Des discussions en cours pour identifier un emplacement alternatif.

La mairie de Caen nous a indiqué que des négociations sont en cours avec Orange pour trouver un site d'implantation alternatif, en dehors de la proximité immédiate de l'école Jean Guéhenno. Nous prenons acte de cette ouverture au dialogue et nous saluons la démarche.

Tant qu'aucun nouveau site n'a été identifié et qu'aucune décision écrite n'est intervenue, l'arrêté du 24 septembre 2025 reste en vigueur. Le projet initial peut être mis en œuvre à tout moment.

Nous restons donc mobilisés. L'expérience d'autres dossiers similaires montre que les engagements oraux pris dans un climat de mobilisation citoyenne ne se concrétisent que si cette mobilisation se maintient dans la durée. Sans pression continue des parents d'élèves, des riverains et des élus de proximité, la priorité accordée à la recherche d'un site alternatif risque de s'estomper au fil des mois.

C'est pourquoi nous poursuivons en parallèle la procédure devant le Tribunal administratif de Caen, et nous continuons à informer largement autour de nous. Notre objectif n'est pas le conflit, c'est qu'une décision écrite acte l'abandon du projet à cet emplacement, ou qu'un site alternatif acceptable soit officiellement validé.

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Documents & sources

Tout ce dossier est public et vérifiable.

L'ensemble des documents cités sur cette page provient de sources publiques ou d'actes administratifs versés à la procédure devant le Tribunal administratif de Caen.

  • Arrêté Non-opposition à la déclaration préalable DP 014 118 25 00638, 24 septembre 2025
  • Arrêté Opposition à la déclaration préalable DP 25 00503 (Cellnex), 21 juillet 2025
  • Avis ABF Architecte des Bâtiments de France, dossier Cellnex, 4 juillet 2025
  • Avis ABF Architecte des Bâtiments de France, dossier Totem, 18 août 2025
  • Charte Charte de la mairie de Caen relative à l'implantation des relais radiotéléphoniques, signée en 2002 avec les opérateurs et révisée par délibérations municipales en 2012 et 2015
  • PLU Plan local d'urbanisme de Caen, articles UD 1, UD 10, UD 11 et lexique des hauteurs
  • Code Code du patrimoine, articles L. 621-30, L. 632-1, L. 632-2 et L. 632-2-1
  • Code Code de l'urbanisme, articles R. 111-2, R. 111-27, R. 424-15, R. 431-10, R. 431-36 et L. 600-3
  • Carte Cartoradio (ANFR) — antennes de radiotéléphonie installées dans le secteur